Le Mexique fête ses Morts.
C’est parti ! Depuis quelques semaines, les boutiques de Mexico changent peu à peu de couleur. Leurs vitrines s’égayent, attisent la ferveur populaire et les foules s’agitent dans les préparatifs de l’événement. Partout, apparaissent des petits gâteaux et des friandises qui délectent les petits et plus grands et annoncent quelques jours de plaisir et de gaieté. Même si les fêtes de Noël approchent, La célébration de la Naissance a aussi lieu ici le 25 décembre et cette effervescence annonce une autre comméroration : celle de la Mort.
Si en Europe on solennise cette étape de l’existence, au Mexique, on la fête, on lui rend hommage en réunissant les vivants et l’âme des défunts, tout en renouant le lien étroit entre la terre et les cieux. C’est donc avec une semaine d’avance que j’ai décidé aujourd’hui de vous parler du jour des Morts, de ce célèbre « Dia de los Muertos ».
Comme vous le savez maintenant, l’Empire de Moctezuma était un grand Empire et c’est de cette grandeur que se forgea l’image de la Mort qui est très éloignée de cette femme, austère, inhospitalière et terrifiante qu’on retrouve dans notre culture et des scènes de pleurs organisées qu’on trouvait sur le Vieux-Continent à la même époque.
Tous les ans, on rendait visite aux défunts en chantant et en apportant des offrandes de toutes sortes. Se souvenir d’un disparu, c’était lui apporter ce qu’il aimait et apparemment il était gâté.
Dans un premier temps, c'était les enfants qu'on célébrait (Miccaihuitontli), les adultes devant attendre une vingtaine de jours, avant d’être célébrés lors de l’Hueymiccalhuitl. Ce rituel d'un mois perdura jusqu'à l’arrivée du Conquistador, qui en plus des chevaux, des armes et des maladies, apporta avec lui sa religion et sa Toussaint et afin d'établir ses croyances, quoi de mieux que de tout faire pour que les autochtones adoptent les nouveaux rites en les fusionnant avec leurs cérémonies ancestrales. On garda donc l’organisation de la célébration en deux étapes et aujourd’hui, c’est le 1er novembre que l’on fête les « angelitos » disparus, l’hommage aux adultes ayant lieu le lendemain.
Après les préparatifs, femmes et enfants, un balai et un plumeau à la main, se dirigent vers les tombes de leur regrettés, les bras chargés d’offrandes. Tout y passe. L’amateur de cigare, aura sa « caja de cigaros », l’adepte de Tequilla, son petit verre et les tamales accompagneront dignement le mezcal. Le plaisir de tous les sens sera comblé, même celui qui désirerait retrouver l’odeur de la terre, sera comblé par les effluves des couronnes de Zempaxuchitl (espèce d’œillets) qui envahissent sa tombe.
Les offrandes accomplies, la fête peut commencer. On chante, on boit, on s’enivre même parfois. Puis on s’échange les fameuses « calavaritas de azucar », des têtes de morts en sucre qui rappellent le symbole précolombien de la renaissance du peuple aztèque qui exhibait, en guise de victoire, les crânes de ses ennemis.
Les cimetières deviennent donc de véritables scènes de vie où la musique jaillit de toutes parts, où le partage est omniprésent et où les bougies éclairent le chemin conduisant les âmes vers leurs proches.
Les maisons se transforment elles-aussi en véritables temples. Sur une nappe brodée, on installe la photo du Mort que l'on accompagne de ses objets favoris et de tout ce qui le rendait heureux sur cette terre.
Tout ceci n'est-il pas une belle leçon de vie?