Mexique : Paricutin, et le volcan fut!

Publié le par Sébastien Poutrain

 


             Le nom de Paricutin ne vous dit peut-être pas grand chose et qui pourrait vous en tenir rigueur? Niché au beau milieu de la magnifique province mexicaine du Michoacan, ce volcan est tout nouveau dans la famille des cracheurs de lave. A défaut de nous enfumer cette année, il souffle ses 65 bougies et nous rappelle qu’il est toujours le plus jeune volcan du monde

      La saison sèche bat son plein sur le petit hameau de San Juan Parangaricutirimícuaro mais malgré la rigueur des flèches du Grand Hélianthe, Dionisio Pulido n’a pas d’autre choix que de se rendre dans son champ. A cette époque, les fraises n’attendent pas et elles ne demandent qu’un peu d’attention et de tendresse avant d’agrémenter les tables du pays[1]
 Comme tous les jours, le réveil de Dionisio est ponctué par une seule pensée : aujourd’hui c’est un autre jour qui m’attend, se plait-il à dire pour mettre fin à la routine quotidienne de sa vie de paysan. Pourtant, il ignore encore à quel point son adage deviendra réalité.
           Afin de profiter de la fraîche de ces matins de février, Dionisio s’est levé tôt aujourd’hui. C’est toujours avec passion et émerveillement qu’il vit ces moments si précieux où le soleil se lève, en concert avec ces chants d’oiseaux et ces effluves qui envahissent ses narines. Une pie par-ci, une perdrix par-là et ces merles qui jacassent en poursuivant inlassablement les papillons monarques[2] qui reviennent d’Amérique et qui ne vont pas tarder à envahir les oyamels[3] de la région.  
             Pourtant, alors que la bêche s’enfonce difficilement dans le sol rocailleux et que le réconfort de toute cette nature est on ne peut plus nécessaire, un silence s’installe dans le champ. Plus un bruit, les becs jaunes ont arrêté leurs parades et même les papillons ne donnent plus signe de vie. Seul un vrombissement sourd devient perceptible. Un mugissement qui se fait de plus en plus envahissant et qui n’a plus rien à voir avec le concert baroque des grives et des mésanges cendrées. Maintenant, c’est la terre même qui fait sa danse. Ses pas lourds résonnent et font basculer la scène de tous côtés. L’estrade de la vie chancèle et les arbres frémissent devant un tel spectacle. Serait-ce de peur? Serait-ce d’étonnement devant leur impotence à fuir ces crevasses qui s'ouvrent sous leurs pieds, prisonniers des fers de la terre ?
               Dans l’esprit de Dionisio, l’angoisse se fait sentir, la peur fait rage. Les mouvements de ses membres rivalisent avec ceux de la terre et son émotion ruisselle dans les profonds sillons de sa chair. C’est là où on regrette une de ces averses de mai pour dissimuler nos larmes.
             Le paysan prend la fuite mais il se voit vite rattrapé par les cendres et les lapilli qui  s’échappent de la gueule de la Terre. Elle est en rage ! Elle ne peut plus supporter cette douleur qui siège dans sa gorge. Le goitre s’enfle, rougit et expulse cette morve rougeâtre jusqu’aux confins du village.
              Pendant des jours, le sang de la Terre coula sur San Juan Parangaricutirimicuaro. Pendant des mois, la tumeur s’enfla sur le champ de Dionisio. Pendant des années, Paricutin naquit, grandit et devint soudainement silencieux. Et en attendant son réveil, Dionisio Pulido se lève tous les matins admirant ce cône dans son champ, avec toujours la même pensée : aujourd’hui, c’est un autre jour qui m’attend.

         


           Le Paricutin est donc né en février 1943. Il mesure aujourd’hui près de 400 mètres de hauteur.

            C’est en quelque sorte le nouveau-né d’une famille de quelques 500 volcans situés sur cette ceinture volcanique mexicaine de plus de 900 kms de long.

            Quant au village de San Juan, il a été complètement détruit par les laves et les cendres qui ont cessé de tomber en 1952. Le clocher de l’église reste le seul témoin de cette triste tragédie.

 



[1] La région mexicaine du Michoacán est le plus grand producteur de fraises d’Amérique latine.

[2] Le monarque vient effectivement dans la région pour se reproduire et mourir. A l’époque de leur migration toute la zone est envahie par des nuages de papillons qui s’ébattent dans le ciel.

[3] L’autre nom des oyamels est le « pin sacré ».

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Publié dans Le Mexique

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J
Encore une belle histoire que tu nous racontes! Toujours un plaisir de te lire. a bientôt et bonnes fêtes de fin d'année. julien
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G
Vous me faîtes revivre un très beau souvenir!!!! Se balader à cheval sur les cendres du volcan qui ravagea le village est un réel plaisir
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N
Et bien!! Quelle histoire!!! Je me mets à sa place et j'imagine l'état dans lequel il devait être!!! Incroyable!!
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S
<br /> J'y pense également assez souvent!!!! Quelle aventure!!!<br /> <br /> <br />
E
Quelle photo saisissante! Pire que Pompeï!<br /> J'ai beaucoup aimé l'image de la gorge en feu et du goitre qui expulse ses miasmes.<br /> Votre message chaleureux m'a beaucoup touchée. C'est la première fois que j'ai un lecteur si enthousiaste! les mots soignent...A bientôt...El duende
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S
<br /> Oui, ils me soignent énormément et les vôtres doivent vraiment être consommés sans modération et être mis dans les mains des enfants. Là aussi, le site recèle un sentiment étrange et on a vraiment<br /> l'impression que d'une seconde à l'autre, tout peut recommencer et renaître à nouveau! Un vrai bonheur. Merci et à bientôt<br /> <br /> <br />
E
Quelle photo saisissante! Pire que Pompeï!<br /> J'ai beaucoup aimé l'image de la gorge en feu et du goitre qui expulse ses miasmes.<br /> Votre message chaleureux m'a beaucoup touchée. C'est la première fois que j'ai un lecteur si enthousiaste! les mots soignent...A bientôt...
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S
<br /> Je vais vous dire qu'aujourd'hui, j'ai passé un dimanche comme je n'en avais pas eu depuis longtemps. Je devais écrire moi aussi les articles mais je n'ai fait que naviguer entre vos écrits et<br /> ceux de Eva. Vous m'avez toutes deux comblé de bonheur!!! un grand merci!! (la seule chose que je regrette c'est que vous n'avez pas de newsletters je me suis isncrit au Flux mais je ne<br /> sais pas comment ça marche).  <br /> <br /> <br />