Le Gaucho : à la découverte du héros retrouvé.
"La Pampa est l'unique endroit au monde où Dieu pouvait marcher à son aise"
Jorge Luis Borges (Argentin, 1899-1986)

Quand on aborde la culture argentine, il y a des termes qu'on ne peut négliger et passer sous silence. Comment ne pas parler du tango qui hante notre vision de Buenos Aires et de la saveur du bœuf qui titille nos palais ? Que dire de La Pampa et des grands espaces patagoniens qui nous fascinent?Et comment oublier l'image rebelle du Gaucho restant synonyme de liberté dans la mémoire collective ? Pourtant, cette liberté a un prix et avant de devenir un phénomène identitaire et un véritable mythe culturel, la vie du Gaucho fut loin de représenter un modèle de vie respectable et respecté.
Lorsque Pedro de Mendoza arriva sur les rives du Rio de la Plata et décida de fonder Nuestra Señora Santa Maria del Buen Ayre en 1536, ce ne furent pas les esclaves qu’il apporta dans ses cales, mais quelques couples de bovidés qui, après avoir brouté pendant des années ce sol balayé par le pampero si redoutable, feront la renommée culinaire des Pays de la Plata. L’Arche de Pedro trouva ici l’endroit idéal pour s'amarrer et libérer les bovins qui ne pouvaient qu’être satisfaits face à cette herbe grasse et copieuse de l’immense Pampa qui devant eux s’étendait . Pourtant, avant d’entreprendre l’élevage, il fallait lutter contre les hommes qui défendaient leurs terres et qui s'opposaient, coûte que coûte, à la présence des Conquérants. Leur résistance, leur force et leur bravoure vinrent à bout des espagnols dont le destin se dessinait désormais loin de ces terres. Pour eux, la fuite incarna le malheur absolu mais l'immense bonheur que ressentirent les aborigènes fut aussi partagé par les bovins et les équins qui retrouvèrent eux-aussi la liberté. Délaissés par les autochtones, ils prirent le chemin des grands espaces, paissaient en paix et peuplèrent rapidement le territoire jusqu’au jour où les "gallegos", qui ne pouvaient rester sur un échec, reconquirent le sol pampéen et imposèrent leur autorité.
Si pour les uns, buriner, labourer et recolter furent les seules solutions pour subsister, d'autres croyaient plus aux bienfaits de l'oisiveté . Pourquoi s'échiner alors que ces bêtes ne demandaient qu'à être chassées et consommées?
L’homme de tout un mythe venait de naître. Un homme brutal, valeureux, farouche mais honnête. Un vagabond, un « huacho », comme on disait en quechua, qui se promenait à califourchon sur sa monture accompagné de son faucon, de son lasso et parfois de sa « china », sa dame bien aimée.
Pourtant, un problème subsistait : comment peut-on trouver sa place quand on n'est
ni indien, ni espagnol ? Etre métis signifiait en effet un rejet sans appel des deux communautés, et les représailles ainsi que l'impossibilité de trouver de quoi vivre dans ce monde hiérarchisé ne pouvaient que conduire à l'exil. La perception du gaucho était donc loin d’être positive dans un premier temps et il fallut attendre le XIXème siècle pour que son image soit moins sombre.
A cette époque, les guerres d’indépendance se multiplièrent, les batailles devinrent terribles puis les guerres civiles ravagèrent le sol argentin. Mais c’était sans compter sur ces cagnards, ces vagabonds, ses êtres sans patrie qu’on avait pendant si longtemps ignorés. Leur sol, ils décidèrent de le défendre et devinrent ainsi de véritables héros nationaux. C’en fut fini du gaucho fainéant et méprisé de tous. Désormais, sa vie, sa bravoure, son autonomie étaient devenues un véritable mode de vie et une identité propre aux pays du Rio de la Plata.
Comme tout mythe, il fut repris dans les arts et, en littérature, on en vint même à parler de « literatura gauchesca » où la présence du gaucho incarne les principales valeurs de l’Argentine.
Un peu de littérature gauchesque. Malheureusement, voici les titres en castillan. Il y a trois textes majeurs dans cette littérature :
Facundo Domingo Faustino Sarmiento
Martin Fierro José Hernandez (poésie)
Don Segundo Sombra Ricardo Güiraldes